Depuis deux ans et demi, je suis agente administrative au sein de la fonction publique, et je fais partie d’une liste de rappel (ici je vous épargnerai les nombreux inconvénients que cela comporte). J’entends de mes collègues qu’il faut en moyenne cinq à six ans pour enfin espérer obtenir un poste permanent!
De ce fait, il peut arriver, à la fin d’une assignation, de me retrouver sans travail. Cela s’est produit début septembre 2010. Depuis, je suis prestataire d’assurance emploi, mais sans toucher aux prestations, puisque présentement j’ai du travail. Mais je consulte très fréquemment des sites d’offres d’emploi sur Internet afin de postuler à un poste stable et ainsi en finir avec ce statut de « prestataire d’assurance-emploi »! Hélas, je constate avec désolation à quel point le rapport exigences relié au poste/salaire est déplorable, voire inacceptable, si on considère le coût de la vie en 2011.
Les secrétaires seraient-elles les « mal-aimées », les « oubliées » du monde du travail? Et cela, c’est sans compter la rareté des emplois en région. Est-ce que les employeurs en seraient conscients et tentés de profiter de cette situation???
En faisant un parallèle entre les domaines de la santé, de l’éducation et de l’administration, il est facile de constater que la présence masculine est bien visible et réelle dans les deux premiers cas, mais pas dans le troisième. En effet, dans nos hôpitaux, nous rencontrons beaucoup d’infirmiers, dans nos écoles, beaucoup de professeurs, mais où sont donc les messieurs oeuvrant dans le secrétariat? Tout en n’étant nullement bannie de ce champ d’activité professionnelle, force est de constater que la gent masculine brille par son absence! Pourrait-on imaginer un père de famille dont le salaire serait de 13 $ l’heure? (en se référant au poste ci-dessus). Et pourtant, avec la technologie moderne, les exigences reliées au travail de secrétariat ne cessent de s’alourdir, mais les salaires ne sont pas majorés en conséquence.
Depuis déjà six mois, je constate que les salaires offerts aux secrétaires, dans ma région, n’ont jamais dépassé 15 $ l’heure, même si parfois on osait demander, entre autres tâches, de la traduction! Rien de moins. En passant, un traducteur touche combien l’heure? En outre, en 2002, j’étais secrétaire d’un organisme à but non lucratif et je gagnais déjà 14 $ l’heure! Pourtant, à cette époque, ma formation en bureautique était moindre qu’aujourd’hui et je n’étais pas au cégep en train d’étudier pour améliorer mon employabilité. Donc, pendant que les exigences augmentent, la rémunération n’arrive pas à protéger la secrétaire d’un état de quasi-pauvreté et de dépendance. C’est assez troublant, ne trouvez-vous pas?
Ici, il ne s’agit nullement d’équité salariale, mais bien plutôt de l’évidence d’une grave dégradation de cette profession, car c’en est une! En effet, à cause de l’absence de collègues masculins, nous ne pouvons assister à des cas d’iniquité salariale au sein des entreprises.
Ce que j’espère, par ce témoignage, c’est de sensibiliser nos décideurs politiques et les directeurs d’entreprises. J’ai déjà transmis mes préoccupations au Secrétariat de la condition féminine et suis en attente d’une réponse. Nous nous trouvons « dans un point d’ombre » lorsqu’il s’agit du secrétariat. Les infirmières et les professeures revendiquent leurs droits, et avec raison. Le domaine du soin à la petite enfance s’est structuré depuis une dizaine d’années et aujourd’hui, les responsables d’un service de garde font partie d’un CPE et leurs droits sont mieux respectés. Encore une fois « bravo » pour ces femmes!
Mais que se fait-il pour les secrétaires, agentes administratives, collaboratrices, etc…? Pourquoi le revenu de ces femmes est-il si faible qu’il frôle dangereusement la pauvreté? Au public, les chances d’avancement sont quasi inexistantes et lorsqu’on est tentée de reluquer, en désespoir de cause, vers d’autres employeurs, au privé, quel sort nous est-il réservé? D’un côté, c’est la précarité pour plusieurs années et de l’autre, c’est une exploitation éhontée qui nous attend!
J’espère que pour nos élus et décideurs cette Journée de la femme 2011 se traduira par une volonté réelle de prendre des actions concrètes pour protéger toutes ces femmes (car je ne suis certainement pas la seule à vivre cette situation) se dévouant en tant que secrétaires, peu importe qu’elles soient mères-chefs de famille, célibataires, avec ou sans enfants, mariées ou non, etc.
Je souhaite à toutes les femmes, et en particulier aux secrétaires, une merveilleuse Journée de la femme!
Lorraine Longtin
Val-Morin